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Verbum XXX 4 6 Traverso

Date post:14-Jul-2016
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  • Verbum XXX, 2008, 4

    ANALYSER UN CORPUS DE LANGUE PARLE EN INTERACTION : QUESTIONS MTHODOLOGIQUES

    Vronique TRAVERSO CNRS-ICAR

    RSUM

    Cet article aborde deux questions relatives aux corpus de langue parle en interac-tion dans leurs relations aux analyses. La premire labore lide de recherche conduite par les donnes et permet de mettre en perspective la dmarche complte de lanalyse dinteraction, depuis le terrain jusquaux rsultats, en sinterrogeant sur les rpercussions du dveloppement des bases de donnes de corpus sur la pra-tique analytique. La seconde traite des mthodologies danalyse et prsente ltude dun phnomne (la rorganisation de deux activits parallles) et les ressources multimodales quil met en jeu.

    ABSTRACT

    This paper focuses on two issues related to the corpora of talk in interaction and their analysis. The first one concerns the notion of data driven analysis and leads to examine the successive steps in an interactional approach, from fieldwork to analytical outcomes. The question of how the use of corpora databases transforms the analytical practice is also discussed. The second issue is about methodology. After a brief reminder of the two main methodologies for interaction analysis, we present the study of a phenomenon (the reorganization of two parallel activities), and the multimodal resources it involves.

    Dans cet article, nous nous attachons deux questions essentielle-ment : les liens entre ltablissement du corpus et les questions de recherche et les deux mthodologies essentielles dabord des corpus en analyse dinter-action (analyse longitudinale dun cas ; tablissement de sous-corpus autour dun phnomne). La premire de ces deux questions conduit mettre en perspective lensemble des tapes conduisant de lobservation des situations sociales lanalyse dun corpus. La seconde conduira la prsentation de lanalyse de diffrents extraits autour dun phnomne (bauche danalyse dune collection).

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    1. LANALYSE DINTERACTION Lanalyse des interactions peut se caractriser succinctement par le

    type de corpus quelle ncessite et par le type de questionnements quelle met en oeuvre sur la base dune mthodologie aujourdhui prouve.

    Les corpus sont constitus partir de donnes collectes dans des si-tuations sociales naturelles, dans le sens o elles ne sont pas construites par le chercheur en vue de sa recherche. Ils visent en premier lieu permet-tre ltude des pratiques sociales et interactionnelles des individus.

    Sur le plan linguistique, les questions de recherche portent sur les res-sources utilises par les participants dans leurs activits. Ce questionnement trs gnral conduit prendre en compte tant les formes linguistiques que les autres ressources de diffrentes natures que les participants utilisent (gestes, manipulation dobjets, occupation des espaces, etc.). Les objets danalyse majeurs concernent la faon dont ces ressources sont mises en oeuvre au cours des activits interactionnelles. Ceci conduit donc placer au coeur des analyses le caractre situ des productions des participants ainsi que leur caractre temporel et co-construit1.

    Les mthodes danalyse sont descriptives et inductives ; elles reposent sur un certain nombre doutils labors au cours des dernires dcennies, relatifs notamment la structuration de la parole en interaction (le tour et les units le composant, les rparations, les changes et les formes dexpansions dont ils sont lobjet, etc.2) et dautres dimensions des pratiques interaction-nelles (identit et catgorisation, voir par exemple Zimmerman, 1998 ; faces, menaces et politesse, voir par exemple Kerbrat-Orecchioni, 2005).

    2. LES CORPUS ET LEUR CONSTITUTION

    Les corpus peuvent tre lobjet de diffrentes dfinitions, selon la pers-pective dans laquelle on se place. Une premire dfinition pourrait tre celle que nous avons adopte en crant la base de donnes CLAPI (Corpus de Langue Parle en Interaction, http://clapi.univ-lyon2.fr/) au laboratoire ICAR, qui met laccent sur la spcificit des corpus pour lanalyse dinteraction, rappele ci-dessus : ensembles dinteractions prsentant une certaine homo-gnit pouvant provenir dune unit de site (ensemble des interactions en-registres dans un mme lieu, par exemple un appartement, corpus Conver-sations familires-visites consultable dans CLAPI), dune certaine activit interactionnelle (par exemple les corpus Commerces tudis dans Kerbrat-Orecchioni et Traverso (ds), 2008), ou dune unit de terrain, un terrain pouvant comporter plusieurs sites et activits (par exemple lensemble des activits au cours dun congrs) 3.

    Une autre perspective conduit voir le corpus comme une entit com-plexe compose des donnes primaires (enregistrements effectus sur le 1 Une des articulations de ces deux dernires dimensions tant thorise avec la

    notion de squentialit de lanalyse conversationnelle. 2 Sur ces fondamentaux, voir notamment Schegloff, 2007. 3 Voir Bruxelles et Traverso, 2003.

  • CORPUS DE LANGUE PARLE EN INTERACTION 315

    terrain et documents collects) et des donnes secondaires labores partir des premires, ceci correspondant la structure dun corpus dans la base de donnes, et refltant les deux temps du travail sur linteraction travail de terrain / travail de bureau.

    Le corpus est aussi le rsultat dune srie dinterventions du cher-cheur, depuis le terrain jusqu la ralisation des reprsentations des donnes sous forme de transcriptions. Dans cette perspective, il traduit une srie de choix et de slections effectus chaque tape : choix de situations, slec-tion dactivits, choix prise de vue / de son, choix de transcriptions.

    Enfin, contrairement au caractre stabilis, dfinitif et donc fig que prsente le corpus dans les publications, cest en fait un objet en perptuelle volution par enrichissement de la transcription selon les besoins des analy-ses, voire par enrichissement de la convention de transcription pour permet-tre une granularit plus fine en fonction de ces mmes besoins. Un mme extrait dinteraction peut ainsi tre lobjet de diffrentes transcriptions, qui ne se remplacent pas les unes les autres ntant pas dans une relation damlioration progressive, mais qui coexistent et rendent perceptibles des aspects diffrents de linteraction.

    On peut donc dire, qu une premire vision linaire du corpus lie aux tapes successives de sa confection4, il convient den ajouter une autre, celle, plurielle dun objet complexe : objet htrogne quant ses supports (son, image, textes de diffrentes natures) ; objet pluriel quant aux perspecti-ves quil traduit (prises de vue multiples, prise de vue + prise de son) ; objet volutif (granularit de la transcription) ; objet multiforme (diverses repr-sentations pour un mme extrait).

    3. CORPUS ET BASES DE DONNES

    Lclosion des bases de donnes, paralllement leurs apports pour la prservation des corpus et leur mise disposition dautres chercheurs, a eu des rpercussions importantes sur le champ des recherches (voir Bruxelles & al. (ds), paratre en 2009). Dune faon gnrale, elles ont transform lentreprise de recherche que lon pouvait jusqualors reprsenter de la ma-nire suivante :

    Schma 1

    4 Vision qui a prsid lorganisation du site CORINTE (CORpus dINTEraction),

    dvelopp au laboratoire ICAR et ddi lanalyse dinteraction (http://icar.univ-lyon2.fr/projets/corinte).

  • Vronique TRAVERSO 316

    Ce type de travail tait souvent une exprience individuelle dans la-quelle la seule tape publie tait la dernire. Ctait cette dernire, seule, pour laquelle importait lintelligibilit des donnes et des rsultats. Lorgani-sation des donnes et de la dmarche tait propre au chercheur.

    Le dveloppement des bases de donnes a transform cette entreprise de la manire suivante (schma 2) :

    Schma 2

    Ce schma illustre des rpercussions sur diffrents aspects de la d-marche. Tout dabord, toutes les tapes deviennent publiques, ce qui impli-que des changements dattente quant lintelligibilit. Les tapes pralables lanalyse ne sont plus penses exclusivement en fonction dun objectif de recherche donn, mais elles doivent, elles aussi, tre rendues intelligibles et elles doivent intgrer la potentialit dautres recherches. Une nouvelle tape relative la mise en forme du corpus pour la base de donnes apparat. En-fin, les modes danalyse se modifient du fait quune plus grande masse de donnes devient accessible et traitable grce aux outils danalyse, et que les analyses peuvent tre systmatiques. Au total, les bases de donnes rendent ncessaire une problmatisation plus forte de chaque tape de la dmarche et de lensemble de la dmarche5.

    Sur le plan mthodologique, et pour lanalyse dinteraction, le chal-lenge que reprsentent les bases de donnes outilles comme la base CLAPI6 tient au moins deux points : le caractre trs dtaill, et ncessairement volutif, des transcriptions et le caractre inductif de la dmarche danalyse. 5 Do une thmatisation plus forte sur les savoir-faire relatifs la production des

    corpus (voir par exemple Baude (d.), 2006 ou le site Corinte, http://icar.univ-lyon2.fr/projets/corinte). Une autre rpercussion dimportance non dveloppe ici est bien videmment lapparition de nouveaux besoins, notamment celui de la maintenance et de la prenisation, et donc du financement des bases de donnes.

    6 La base CLAPI est dote de diffrents outils prenant en compte, outre les tokens et les prises de parole des locuteurs, les phnomnes interactionnels chevauche-ment et pause : concordancier, co-occurrences dun token, co-occurrences dun phnomne, segments rpts, requtes multi-critres (combinaison de squences de mots/tokens avec des phnomnes interactionnels).

  • CORPUS DE LANGUE PA

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